L'histoire du Surcyclage Partie 2
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L’histoire du Surcyclage part 2 – Bienvenue dans la Mode.

Vous dire que le vêtement et le surcyclage ne font qu’un depuis toujours ça serait évident, mais là on ne va pas vous parler de vos ateliers bricolage de crop top avec le vieux sweat Fila de papa, on va aborder la mode avec un grand M. Que l’histoire du Surcyclage partie 2 commence !

Les débuts de l’histoire du surcyclage dans la mode : Hello Mister Upcycling

Remontons encore une fois le temps, quelques années avant Reiner Pilz et l’invention du terme upcycling ( à retrouver dans la 1ere Partie de L’histoire du Surcyclage par Supernature) . On est en octobre 1989 dans un parc désaffecté du 20ème arrondissement de Paris. Au milieu de crackheads et des dealers, c’est ici que Martin Margiela dévoile sa collection printemps-été 90. Subversif et avant-gardiste, le designer belge déstabilise la mode bien-pensante à l’arrière-goût de champagne en les emmenant là où personne ne va, en leur montrant ce que personne ne voit.

Au-delà du « statement » du lieu, c’est bel et bien sur ce podium improvisé que se joue la vraie révolution. Au fil des silhouettes déconstruites propres à la signature du créateur, les mannequins apparaissent avec des hauts découpés dans des sacs plastiques Franprix. En trouvant le beau dans des objets du quotidien, Martin Margiela en fait des pièces de mode. Il taille des robes dans des manteaux, transforme des gants en top élégants, sa créativité n’a pour limite que son imagination.

L'histoire du suryclage dans la mode commence avec Martin Margiela
Martin Margiela – SS 90

Il fonde même Martin Margiela Artisanal, une ligne entièrement travaillée à la main, à partir de matériaux retravaillés vintage ou trouvés. La première collection est dévoilée en 2006, mais n’atteindra sa consécration qu’en 2012, lorsque la fédération lui donne le label « Haute-Couture ».

L'histoire du suryclage dans la mode commence avec Martin Margiela
Martin Margiela – SS 90

Bien souvent décrié, ne faisant jamais l’unanimité, Martin Margiela ouvre pourtant la voie aux autres créateurs et imagine avant l’heure l’upcycling, le vrai.

En 2002, Maroussia Rebecq devient pionnière française du genre avec sa marque Andrea Crews. A cette époque le bio n’était pas encore cool, la récup non plus, le vintage encore moins, pourtant la créatrice persiste et signe et déconstruit de vieux vêtements pour en faire de nouveaux, transforme des chutes en chemises oversize ou autre tailoring déstructuré.

Mais il faudra attendre encore quelques années, pour que la mode durable se démocratise réellement et prenne un nouvel essor.

L’histoire du surcyclage indéniablement liée à celle du luxe

Portés par des constats alarmants sur le gaspillage vestimentaire pointant du doigt pas moins de 442 millions de vêtements jetés chaque année en France, des créateurs s’engagent dès 2014 pour une mode plus responsable.

La charade des créateurs engagés :

  • Mon premier est un créateur néerlandais, digne héritier de Martin Margiela. Ronald Van der Kemp, imagine pour sa marque éponyme en 2014, symbole d’une semi-haute couture digne d’un savoir-faire exceptionnel et d’une créativité prolifique à la diversité incroyable.
  • Mon second est un jeune prodige aussi passé par Vuitton et (roulements de tambour) Margiela. Demna Gvasalia, géorgien d’origine, monte aussi en 2014 son label sobrement appelé Vêtements. Dès ses premiers défilés, Demna retravaille des fripes, s’impose par un style grunge, post-soviétique déconstruit, aux références populaires. Son t-shirt DHL à 450 euros fait débat, son casting de mannequins aux physiques atypiques aussi. Les critiques parlent de « néo-friperies » ou plus durement de « néo-pauvre ». Le luxe est chamboulé, tout comme lors des premières silhouettes de Galliano pour Dior qualifiées « d’assemblages de lambeaux de tissus » par certains. Mais Demna réussit son pari : faire parler de lui, de son travail et de sa cause. Choquer pour bousculer, voilà le mot d’ordre qu’il conserve encore aujourd’hui à la tête de la maison Balenciaga.
Le T-shirt DHL par Demna Gvasalia
  • Mon troisième est une créatrice dont le nom se destinait à un avenir éco responsable, Marine Serre. Née en 91 à Brive-la-Gaillarde, elle excelle à La Cambre, célèbre école de stylisme à Bruxelles. En 2016, elle termine son Master par une collection de 10 silhouettes incroyablement réussies qui lui fera remporter, l’année d’après, l’iconique LVMH Prize avec une ligne à 30% upcyclée. La seconde le sera à 45%, façonnée grâce à des stocks de centaines de foulards. A travers ses collections, Marine Serre transforme des bouts d’écharpes en jupe crayon, mais aussi des pinces d’électricité et des cadrans de montre en boucles d’oreille ou encore des gourmettes en ceintures. Et ça c’est “so surcyclage” ! Toujours dans une ambiance post-apocalyptique, ses premières silhouettes avant-gardistes envisageaient déjà le masque comme un accessoire indispensable. “So avant-garde!”

  • Mon tout est un signe que les temps changent et que le luxe aussi est en pleine mutation ! En 2018, le prix LVMH récompense encore une fois l’upcycling et plus particulièrement celui de Pierre Kaczmarek et d’Elena Mottola fondateurs de AfterHomework, repérés grâce à une collection fabriquée à partir de serviettes de bain.

Comme quoi la vie ne finit jamais de nous prouver son ironie. Le paradoxe avec les origines de l’upcycling, qu’on vous exposait dans la première partie de l’article, est ici saisissant. S’il permettait aux moins avantagés d’avoir de beaux produits, il devient aujourd’hui un véritable objet de luxe, inabordable pour la plupart. 

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